Avoir un autre enfant après avoir donné naissance à un enfant handicapé…

Quand on s’est rencontré mon mari et moi, nous voulions tous les deux une famille nombreuse. Mon mari voulait cinq enfants et moi j’ai toujours rêvé d’en avoir quatre.

Et puis on a eu Eléanore et le rêve de fonder une famille nombreuse s’est écroulé. Tellement de questions sans réponse se sont bousculées dans ma tête, d’angoisses, de déceptions… C’est tellement dur au quotidien que je ne me vois pas m’occuper d’un nouveau né avec Eléanore qui demande autant d’attention! Et il y a Benjamin aussi que je ne veux pas mettre de coté. Comment organiser mes journées avec trois enfants dont un handicapé, mon travail, un mari, une maison à entretenir…?! Mais il n’y a même pas que ce côté de maman débordée qui m’effraie… J’ai également cette angoisse d’avoir un autre enfant handicapé! Il n’y a rien dans nos gênes qui aurait crée l’autisme d’Eléanore mais elle l’est! Au final, que ça soit génétique ou pas, j’ai encore la possibilité d’avoir un autre enfant autiste. Qui sait? On ne peut pas savoir… Mais alors si j’avais un second enfant autiste, je ferais comment? Est ce que je m’en remettrais cette fois ci? Est ce que je serais aussi forte et assez forte pour mes enfants? Est ce que c’est une vie pour un enfant? D’ailleurs, quelle vision de la vie a Eléanore?

Eléanore autisme-22

Et puis aujourd’hui j’ai rencontré cette maman, pendant que j’attendais qu’Eléanore termine sa séance d’orthophonie. Elle était avec ses trois filles, dont des jumelles et on s’est mise à discuter de nos enfants tout bêtement. J’apprend qu’en fait elle a six enfants! Je suis totalement admirative et interrogative. Elle a certes des marques de fatigue mais son dernier a cinq mois et son visage est apaisé. Je ne peux m’empêcher de lui demander si le quotidien n’est pas trop difficile. Elle me répond avec un air surpris par ma question que non! Et j’ai tout de suite ressenti tout l’amour qu’elle avait pour ses enfants. On en vient à parler du handicap et je lui confie mes peurs d’avoir un autre enfant et elle me raconte qu’une de ses jumelles et « montée » (comme elle m’a dit) en miroir par rapport à sa soeur et qu’il y a un an, elle a du subir une grave opération du coeur pour remédier à ce problème. Elle a également dû accoucher en urgences à 7 mois de ses jumelles, les médecins lui disant qu’une d’entre elles n’était pas viable suite à ce problème de miroir… Elle m’a dit que même si notre enfant n’est pas handicapé, il peut lui arriver des choses très graves. Qu’il faut du temps pour s’en remettre, que nous aurons des angoisses toute notre vie pour eux mais c’est ainsi. Elle, ça ne l’a pas empêché de faire deux autres enfants derrière.

Ca m’a rappelé que j’avais rencontré ce couple avec leurs deux filles dont j’avais photographié l’une d’elle quelques jours après sa naissance. J’ai su qu’il avaient perdu un petit garçon très jeune d’une maladie génétique. Ils ont tout de même souhaité avoir un autre enfant et ça n’a pas été facile du tout pour eux car des grossesses ont dû être interrompues car l’enfant était porteur du gêne de cette maladie. Ils ont fini par avoir une jolie petite fille. Quand je leur ai demandé où ils avaient trouvé cette force de dépasser cette terrible épreuve et de vouloir coute que coute avoir un autre enfant, ils m’ont répondu que l’amour était plus fort que tout…

Alors je ne dis pas que je suis prête, que je veux ou que j’aurais un autre enfant mais cette rencontre d’aujourd’hui et ce souvenir des paroles de ces formidables parents rencontrés auparavant pansent mon coeur de maman blessée, font revivre un peu ce rêve d’avoir un autre enfant, me recentrent sur l’essentiel car ils ont raison, l’amour est plus fort que tout…

autisme au quotidien